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LIBRES ? MAIS À QUEL PRIX ?

Le système d’asservissement nommé Kamaiya remonte au XVIIeme siècle. À l’époque les Tharus, peuple autochtone de la région du Tarai qui ne possédait aucunes terres, se virent louer des parcelles de terrain cultivable par de grands propriétaires terriens, en échange de la moitié de leurs récoltes. Lorsqu’il leur était impossible de rembourser cette dette, ils envoyaient leur fille comme domestique auprès du propriétaire, faisant d’elle une Kamalaris. Peu à peu ce système s’instaura comme une tradition culturelle. Les Kamalaris n’étaient pas de simples domestiques, elles appartenaient entièrement à leur maître qui pouvait les battre, les affamer, les torturer, les violer en toute impunité - et ce des années durant. Cette forme d’esclavage moderne persista jusqu’en 2000, où le gouvernement décida d’abolir le système de Kamaiya. Néanmoins, pour ces familles qui ne possédaient rien et n’avaient aucune source de revenus, envoyer leurs filles comme Kamalaris demeura la seule solution.

Le premier mouvement anti-kamalari fut lancé par Nepal Youth Foundation, qui secourut 36 d’entre elles afin de les scolariser. Ce n’est que lorsque les médias exposèrent cette pratique inhumaine au grand jour que la lutte prit de l’ampleur, alarmant les militants des droits de l’enfant qui s’intéressèrent à la situation. Soutenu par de nombreuses ONG telles que Nepal Youth Foundation, Friends of the Needy Children, Social Welfare Action Nepal, Plan Nepal et Help Society Nepal, le mouvement grandit, poussant le gouvernement Népalais à tenir compte de la révolte de ces femmes pour leur liberté. L’emploi de Kamalari devint illégal en 2006.

Malheureusement, il était déjà trop tard pour beaucoup d’entre elles. On retrouva des Kamalaris mortes dans de mystérieuses circonstances aux domiciles de leurs maitres, brulées vives ou pendues. De Ghorahi à Katmandou commencèrent de nombreuses protestations d’ex-Kamalaris. Elles rencontrèrent le président, le premier ministre, les ministres de l’éducation, des femmes et des enfants, plaidant pour libérer les jeunes filles qui restaient captives, et permettre une vie décente à celles qui avaient été libérées.

Ce n’est que 4 ans plus tard, en 2013, que le gouvernement déclara le pays libre de Kamalaris, en rédigeant un accord en 10 points promettant de garantir des droits et d’allouer des aides à ces femmes désormais libres. Une mesure prometteuse qui s’est en réalité trouvée n’être qu’un subterfuge pour étouffer la situation.

En effet, un sondage mené par NYF en 2017 estimait à 157 le nombre de Kamalaris restantes à secourir. Pourtant, les associations d’accueil d’ex-Kamalaris n’ont reçu aucune jeune femme depuis 10 ans. Celles restées captives de ce système ne sont officiellement plus des Kamalaris, mais relèvent à présent du travail forcé, ou du travail d’enfant, ce qui rend leur sauvetage d’autant plus compliqué pour les associations souhaitant accomplir cette mission délaissée par le gouvernement.

De plus, peu de mesures de cet accord ont réellement été appliquées, et la situation de ces femmes « libérées » reste extrêmement précaire. Ce système d’asservissement tout comme la problématique du travail des enfants découle d’une situation économique alarmante de ces populations.

Tant que le gouvernement Népalais ne déploiera pas les moyens nécessaires pour que le niveau de vie de ces populations dépasse le seuil de pauvreté, ce phénomène persistera.

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